Mon chien détruit tout à la maison :
quelques conseils pour lui apprendre à rester seul sans stress
Sans nul doute avez-vous déjà entendu parler de chiens ne supportant pas d’être seuls et qui usent de moyens divers pour évacuer leur
stress : malpropreté, hurlement de détresse, aboiements intempestifs, destructions, automutilations… Ces problèmes sont en tête d’affiche des difficultés rencontrées par les propriétaires de
chiens qui consultent un comportementaliste. Certaines familles d’accueil de Lianes peuvent également témoigner de ces problèmes survenus au cours de la pension d’un chien.
Attention à ne pas interpréter trop vite les raisons qui peuvent pousser un chien à détruire : ce n’est ni par vengeance (faculté
réservée à l’homme), ni pour montrer qu’il est le chef !
Ces comportements, lorsqu’ils apparaissent pendant l’absence des maîtres, sont le reflet de son mal-être, voire de son manque
d’activité ou de frustration affective.
Différentes causes peuvent être à l’origine de ce que l’on appelle l’anxiété de
séparation :
- l’hyperattachement : le chien sollicite sans cesse, et/ou inversement on s’occupe sans arrêt de lui… On lui a enlevé son autonomie à force de lui prêter
trop d’attention. Le chien devient alors dépendant de ses maîtres, de leur présence, de leur contact, et de leur affection.
- l’ennui :
on l’oublie souvent mais un chien peut s’ennuyer. Surtout s’il est jeune et débordant d’énergie. Par manque de stimulations en l’absence de ses maîtres, sous la forme de jouets divers et variés,
le chien peut s’attaquer à d’autres objets stimulants présents dans son environnement : des bibelots, des coussins, la télécommande…
- le manque de
promenades : certains propriétaires pensent souvent à tort que comme ils possèdent un jardin, cela suffit amplement pour le chien et qu’ils n’ont pas besoin de le promener. Pourtant,
même si le jardin fait plusieurs hectares, cela ne suffit pas. En effet, le chien a besoin de contacts sociaux avec ses congénères et le comportement de flairage d’odeurs différentes (comme les
traces laissées par d’autres chiens) est primordial.
- le jeune
âge : un chiot de 2 mois a besoin de mordiller pour se faire les dents. Si ses maîtres ne lui mettent pas à disposition de quoi assouvir ce besoin, il peut alors chercher des objets de
« substitution ». Un chien en pleine adolescence est instable émotionnellement et peut avoir des comportements destructeurs ou autocentrés, si on ne lui a jamais appris à rester seul
sans stress.
- le manque
d’adaptation à un environnement qui ne lui convient pas. La cave, le garage peuvent devenir des lieux de « punition » pour le chien. Enfermé là que lorsqu’il est seul, il peut avoir
peur, voire angoisser fortement. Les chiens des sans abris, souvent très attachés à leurs maîtres, placés en famille d’accueil, se retrouvent dans un environnement inconnu et inhabituel,
puisqu’ils n’ont pas l’habitude de vivre entre 4 murs et ne connaissent pas la solitude.
Pour limiter les dégâts, voici une marche à suivre :
- détachez-vous progressivement de votre chien. Pour lui
apprendre ainsi la solitude et une certaine autonomie. Cela équivaut à l’ignorer plus en votre présence: ne pas le regarder, ni lui parler, ni le câliner sans cesse… et en parallèle moins
répondre à ses demandes.
- proposez-lui des distractions lorsqu’il est seul. Les jouets
distributeurs de nourriture sont par exemple un bon moyen de l’occuper un certain moment.
- promenez-le davantage pour qu’il se dépense physiquement et
qu’il se mette en mode « récupération » pendant votre absence.
- banalisez les absences en évitant les rituels de départ et
de retour : sans même rien lui dire, le chien comprend que vous allez partir (lorsque vous vous préparez, il associe cela à votre départ). Le mieux est de l’ignorer quelques minutes avant de
partir, pour limiter son angoisse et éviter qu’il ne passe d’un coup du tout au rien. C’est-à-dire de trop d’attention (on lui parle, on le câline… l’espace d’un très court instant) puis plus
rien puisqu’il se retrouve seul. D’où une certaine frustration !
De même, à votre retour, ne répondez pas à sa fête mais ignorez-le, posez tranquillement vos affaires, et attendez qu’il se calme pour
lui dire bonjour. De cette manière, vous lui montrerez que vos absences sont un évènement banal de la vie quotidienne.
- habituez-le à des absences, plus ou moins
prolongées, pour mettre en place le fait de l’ignorer avant et après.
- ne réagissez pas de manière punitive à votre retour car il
oublié depuis longtemps ses « bêtises » et ne comprend pas les raisons de votre colère.
Bien évidemment, il s’agit là de conseils globaux qui ne peuvent correspondre à toutes les situations problématiques liées aux destructions.
Les changements doivent être adaptés à la personnalité du chien et de ses maîtres, à la relation entre la famille et le chien, à
l’environnement de vie, à l’histoire de chacun… pour que la cohabitation redevienne harmonieuse avec votre chien.
Anne Trotzier
Ethologue et Comportementaliste